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Critique : THE CAR MAN, Sadler's Wells

Ce ballet noir est toujours aussi puissant qu'avant.

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Critique : THE CAR MAN, Sadler's Wells

Le grand, sombre et séduisant Luca entre en fanfare à Harmony (population 375, et en baisse), ressemblant moins à un vagabond qu'à un échappé d'une publicité pour une poudre protéinée, et la danse-noir de Matthew Bourne ne perd pas de temps à exploiter cet effet. Sous un panneau indiquant "Homme recherché", le garagiste Dino lui propose du travail et sa femme Lana offre bien plus ; avant l'entracte, le doux mécanicien Angelo aussi. Homme recherché, effectivement.

Crédit photo : Johan Persson

Le titre évoque Carmen de Bizet, mais la référence est au mieux superficielle. La véritable intrigue repose sur une relation incestueuse : James M. Cain's The Postman Always Rings Twice sert de base à l'intrigue tandis que l'adaptation malicieuse de Luchino Visconti, Ossessione, offre le cadre de la station-service ; Ivo van Hove a monté cette dernière en 2017 avec un Jude Law minimaliste et huilé mais pas cette fois-ci. Même la musique est empruntée — le score de Bizet passe par la version épurée Carmen Suite de Rondin Shchedrin avant que Terry Davies ne le retravaille.

Malgré toutes ces influences, paradoxalement, c'est Bourne à son expression la plus directe. Libéré de la pression des grandes productions comme Le Lac des Cygnes ou Roméo et Juliette, il cesse de faire référence et commence à raconter. Ce théâtre-danse sans paroles est, pour le meilleur comme pour le pire, aussi simple que le ballet peut l'être. Le sexe et la violence ont tous deux mûri avec le temps (vingt-cinq ans en font ça), mais la chorégraphie conserve son emprise narrative intacte.

Crédit photo : Johan Persson

Luca de Will Bozier arrive avec un charisme débordant et des pectoraux dignes d'un code postal à eux seuls. Avec son sac de rigueur jeté sur l'épaule, il porte une superbe aura de mystère, le regret ultérieur s’exprimant davantage par la chorégraphie que par le langage corporel que Bozier peut transmettre. Ashley Shaw accomplit bien le travail plus difficile : le rôle de Lana tend toujours vers le cliché de la femme fatale, mais son visage et sa posture font un excellent travail discret pour nous faire croire à la détresse de cette femme désenchantée. Vous croyez son ennui, et vous croyez la complicité qui s'ensuit.

Danny Reubens incarne Dino, un cocu détestable mais jamais caricatural. Cependant, la soirée appartient à Angelo, interprété par Harry Ondrak-Wright, qui passe de paria intimidé à complice endurci en un seul entracte et rend chaque étape de ce parcours parfaitement crédible. Ses bagarres en prison avec Rita (Anna-Maria De Freitas, incisive et réaliste) contrastent avec la tension fiévreuse de l'Acte Un, et frappent encore plus fort pour cela.

Le score de Davies justifie toujours sa place. Les duos Luca-Lana sont accompagnés de percussions puissantes correspondant à leur ardeur, tandis que les scènes entre Luca et Angelo laissent respirer la musique, leur érotisme offrant un contraste électrisant.

Crédit photo : Johan Persson

Le design de Lez Brotherston accomplit un travail remarquable tout au long de la représentation avant de révéler quelques surprises. Le garage-diner est exactement l'Amérique grasse du milieu du siècle que l'on attend, avant que nous soyons plongés dans une course-poursuite entre deux voitures, mise en scène avec des véhicules grandeur nature et des moteurs rugissants. Après l'entracte, le décor passe à une prison et à une discothèque, conçus avec assez d'espace pour que les danseurs puissent toujours exprimer leurs intentions. L'éclairage de Chris Davey maintient l'ensemble dans une ambiance crépusculaire et tendue ; même à présent, la soirée ressemble plus à une nuit au cinéma qu'à la redécouverte d'une antiquité poussiéreuse.

Contrairement à la majorité du répertoire de Bourne, rien ici n'est subtil. Et, surtout, cela ne cherche pas à l'être. Après tout ce temps, ceci reste un véritable thriller, bien que construit sur les corps plutôt que sur des rebondissements de l'intrigue, et qui, à la fin, laisse le panneau d'Harmony un peu plus petit en nombre d'habitants quand la lumière se rallume.

The Car Man continue à Sadler's Wells jusqu'au 29 août.

Crédit photo : Johan Persson
 



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