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Il est diaboliquement difficile de réussir un spectacle solo, en guidant l’arc narratif d’une histoire tout en jouant plusieurs rôles. Mais l’actrice et auteure Sophie Lenglinger maîtrise totalement Kätzchen du GAPTOOTH Collective aux Riverside Studios.
Kätzchen – le mot allemand pour chaton ou petit chat – est un conte d’humour noir impitoyable, où un extraterrestre prenant la forme d’une belle jeune femme nommée Daphne arrive sur Terre pour apprendre ce que signifie être humain.
De nombreuses situations drôles et poignantes naissent des incompréhensions initiales alors que Daphne cherche son chemin, rencontrant notamment un policier macho, une travailleuse du sexe nommée Love et ses clients, un homme dans une boîte de nuit, une vendeuse dans un magasin de vêtements, un chat noir et une femme plus âgée vivant à la rue dans un parc.
C’est une sorte d’odyssée d’environ 60 minutes, habilement écrite par Joy Nesbitt, qui explore comment un étranger (extraterrestre/immigré, femme, personne de couleur) tente de s’intégrer dans notre monde totalement déroutant.
Le Créateur (qui parle évidemment allemand) enseigne des mots à Daphne, mais la langue est une chose glissante, sujette à interprétation erronée. « J’ai tous les mots, mais je ne sais pas ce qu’ils font », dit-elle. Même si Daphne réalise vite qu’il y a plusieurs langues sur Terre et qu’elle les connaît toutes, elle reste malgré tout perplexe lorsqu’il s’agit de communiquer avec les humains.
Mère English (ou Mère) entraîne Daphne à paraître humaine. Elle lui dit de s’assurer de sourire – car c’est ce que font les femmes – mais pas trop. Et que les dents pointues inquiètent les gens, donc ne les montre que si nécessaire.
Un motif récurrent sur les lois faites par l’homme versus les lois de la nature est finement tissé dans le texte. Le policier, qui arrête Daphne sans raison apparente, tente de l’attirer dans son « navire » et lui fait la conversation (« Tu as l’air sacrément bien »). Il incarne la loi, mais lorsque Daphne est relâchée en même temps qu’une autre femme, celle-ci qualifie le flic véreux de « gros pervers » – de nouveaux mots que Daphne ajoute à son vocabulaire grandissant.
Elle mange des « spirales jaunes » (des pot noodles), on lui dit d’être « classe », et dans une séquence pleine d’esprit, on lui introduit le concept que pour être une femme, elle doit exister « dans une conscience des opprimés ».
Elle découvre aussi quand une « tape » peut être ludique et quand elle peut devenir dangereuse. Tout cela est déjà assez déroutant pour les humains, alors comment une innocente comme Daphne peut-elle comprendre comment « résonner » (comme elle le dit) avec les humains ?
Un des grands atouts de cette pièce noire de passage à l’âge adulte est la perspective à travers les yeux d’une innocente. Le public n’est pas asséné de messages didactiques sur la race et le féminisme. Au lieu de cela, les points forts sont portés avec intelligence, humour et grâce.
Par exemple, quand Daphne essaie une longue robe rouge dans un magasin de vêtements, elle se voit dans le corps humain de la vendeuse, qui a aussi « un corps brun et des cheveux hérissés ». Elle se sent chaleureuse comme « les spirales jaunes, comme Mère ».
De façon remarquable, Lenglinger joue tous les rôles dans Kätzchen, passant habilement et rapidement d’un personnage à l’autre. Elle exprime une vulnérabilité brute et se connecte aisément avec le public. On accepte totalement dès le départ qu’elle est un extraterrestre et on croit aussi en tous les autres personnages.
Sur le plan technique, GAPTOOTH (composé de Lenglinger, du producteur créatif Nico Bowden et de Nesbitt) garde les choses simples, avec un fond de scène noir et quelques drapés crème ornés de morceaux de feuille d’argent et de gribouillis. Il y a une chaise en plastique rouge que Lenglinger utilise pleinement, ainsi que deux cubes.
Les effets sonores de bruits urbains et la musique dans une boîte de nuit et un bar (décrits avec humour par Daphne comme une boîte noire avec écrit GWI-NESS, ou Guinness comme nous le connaissons) sont excellents. Les descriptions de Daphne de « toucher l’air » autour d’elle pendant qu’elle danse, « l’endroit étroit » (une ruelle) et le « liquide rouge » (sang) nous offrent de nouveaux sons et images pour des mots.
Tout comme « quelque chose sur le sol » (le petit chat noir) attrape « une petite chose grise dans sa bouche » et la dévore, Daphne passe de chaton à chat, découvrant enfin comment et quand montrer ses dents. En d’autres mots (et les mots sont importants ici), elle apprend ce qu’est la souffrance et comment survivre.
Kätzchen est joué jusqu’au 8 août aux Riverside Studios.
Crédits photographiques : Nic Bowden et GAPTOOTH Collective