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Critique : LE MISANTHROPE, avec Sandra Oh

Sandra Oh déteste tout et tout le monde dans l'adaptation décevante de la satire sociale de Molière par Martin Crimp.

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Critique : LE MISANTHROPE, avec Sandra Oh

3 étoiles

La définition de la misanthropie évoque une méfiance générale, un désagrément et même une haine de la race humaine, de la nature humaine et de la société dans son ensemble. Lorsque Le Misanthrope, ou l'Amoureux Grincheux a été présenté en 1666, le climat politique en France était marqué par une période de contrôle intense par le roi Louis XIV. L'aristocratie baissait la tête et se conformait à une culture où il fallait soit accepter de se plier, soit subir des conséquences pour dissentir. Martin Crimp est adamant sur le fait que nous devons prêter attention.

Il réinvente la comédie de mœurs de Molière en une farce contemporaine où une romancière à succès, ayant un penchant pour l'impertinence, devient une paria. Sur le point de refuser un prix de 200.000€ plutôt que de retirer une interview, ses relations—tant personnelles que professionnelles—se fissurent. Si Molière était préoccupé par la censure et la rétribution, Crimp montre une obsession pour l'annulation. Il révèle une position anti-internet et anti-woke, avec de nombreuses invectives trahissant ses propres peurs.

Il renforce l’aspect socio-politique, mais finit par diluer chaque réflexion qu’il propose. Si Alceste avait refusé “la politesse” (les conventions sociales polies de l’époque) parce qu’il les trouvait hypocrites, Alice adopte un point de vue sombre et cynique sur tout. Elle éprouve de la fierté à être contre la norme, mais transforme chaque discussion qu’elle a en un discours combatif sans réellement entrer dans le vif du sujet. Nous abordons la propension à un jugement critique trop généreux, le manque de culture médiatique, le fossé entre les générations, le gaslighting sociétal et tous ces arguments que l’on peut aborder sans risque lors d’un dîner. Le problème, c’est que tout cela est simplifié à l’extrême, même lorsque le dialogue est verbeux.

Bien que le script ne soit pas exactement la source d'illumination intellectuelle qu'il aspire désespérément à être, Indhu Rubasingham a une vision claire. Sa direction, cependant, est confuse et embrouillée. Sandra Oh mène avec une performance percutante. Elle a sa propre idée de ce que la pièce devrait être et n’a pas peur d’être dedans. Oh est exquise. Sa passion est vibrante, mais ses explosions restent calibrées et ses harangues pondérées. La représentation ne bascule dans la volatilité que lorsqu'il s’agit du petit ami d'Alice. Elle reste ferme dans sa représentation et d'une magnétisme total dans son costume de pouvoir.

Jemima Rooper et Tom Mison dans Le Misanthrope

Le reste des acteurs gravitent autour d'elle comme des satellites. Les rares moments forts de la production incluent Paul Chahidi—délicieux en tant que John, le meilleur ami gay d'Alice, qui essaie de la rendre aimable aux yeux des masses tout en évitant les scandales pour le bien de tous les deux—et Tom Mison. Ce dernier exploite sa position de petit ami d'Alice pour livrer une performance suspendue entre farce grinçante et satire pointue. Stefan, un acteur nouvellement sobre qui est sur le point d'être annulé, est la personnification de la vanité de l'industrie du divertissement—l'arch-némésis de Crimp. Le résultat est une caricature, une figurine, un outil. Là encore, malheureusement, il n'y a pas de profondeur.

Pour la plupart, les problèmes dans la mise en scène résident dans ses incertitudes tonales. L'écriture et la direction semblent avoir des objectifs séparés. Crimp veut mener une enquête plus vaste sur le compromis, les réactions et l’hypocrisie du comportement social, plaçant l'élite érudite sur une boîte de pétri. Rubasingham veut garder cela élégant et léger. Certains des débordements extravagants et exubérants (Imogen Elliott et Rina Fatania mènent la charge) crient contre les tentatives d'Oh de ramener l’étude à un niveau plus cérébral. C’est dommage que le résultat soit si éparpillé, car il y a beaucoup de réflexions engageantes à l’intérieur. 

Sandra Oh et Tom Mison dans Le Misanthrope

La déception du projet n'efface pas le fait qu'il a un aspect ravissant. Robert Jones suspend l'action dans un design cubique plongé dans l'obscurité. Des pièces opulentes avec des œuvres d'art riches et une cohésion franchement impressionnante accueillent également des costumes impeccables. Tout crie richesse. Le point culminant visuel arrive à la toute fin lorsque (alerte spoiler !) les éléments de décor se soulevent pour laisser place à un grand salon vide. Des lustres scintillants descendent tout autour, des synthétiseurs tonitruants. C’est un moment désarmant. Dommage que cela ne fasse que réitérer notre perplexité ; il est difficile de dire ce que ce tournant onirique et cauchemardesque signifie vraiment, mais c’est d’une beauté à couper le souffle.

Ce faux pas est inhabituel pour Le National Theatre. Ils continuent d'essayer d'attirer le public avec des noms significatifs et des adaptations qui devraient être des paris sûrs, mais la qualité du matériel finit par manquer de mordant et de dramaturgie contextuelle. La programmation risque de sembler déconnectée, ce qui pose problème pour un si puissant lieu.

Le Misanthrope est joué au National Theatre jusqu'au 1er août.

Photographie de Marc Brenner



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