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Critique : RIGOLETTO, Royal Opera & Ballet

La production d'Oliver Mears est une étude sombre, sensuelle et sans concession sur le pouvoir.

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Critique : RIGOLETTO, Royal Opera & Ballet

Lorsque ce Rigoletto a ouvert la première saison complète de la Royal Opera House après le long silence pandémique, cela ressemblait moins à un retour à la normalité qu'à une déclaration d'intention. Relancer avec Rigoletto, probablement l'œuvre la plus sombre de Giuseppe Verdi, était un choix audacieux, presque provocateur. Après tout, c'est une opéra où une jeune femme est brutalement kidnappée sur l'ordre d'un homme et assassinée par un autre. Aucun édulcorant, aucune couverture confortable d'opéra. Juste de l'obscurité, non diluée.

Cinq ans plus tard, la reprise par la Royal Opera House de la production d'Oliver Mears n'a rien perdu de son tranchant. Si quelque chose, elle semble même encore plus affirmée dans sa brutalité. À l'époque, le public portait des masques ; aujourd'hui, les seuls masques restants sont ceux métaphoriques portés par le Duc et ceux littéraux arborés par ses acolytes lors de l'enlèvement de Gilda. C'est un écho visuel habile et glaçant d'un monde où la tromperie est à la fois déguisement et monnaie d'échange.

Crédit photo : Marc Brenner

Visuellement, la production reste presque irréprochable. Le décor de Simon Lima Holdsworth est dominé par un mur de la couleur du sang séché dans une nuance profondément hypnotique pour laquelle Mark Rothko aurait vendu une partie de son corps. Il s'accroche au drame comme une seconde peau. Plus tard, des nuages d'orage s'amassent via projection, la foudre se déchirant non seulement sur la scène mais dans l'auditorium lui-même. L'éclairage lugubre de Allan Ramsay nous plonge dans le mal en spirale. Grâce à la palette crépusculaire, il n'y a jamais d'échappatoire du crépuscule moral de la pièce.

La mise en scène de Mears s'appuie sans complexe sur les sous-entendus érotiques de l'opéra. Il n'y a pas de nudité, mais il n'y a pas non plus de fausse pudeur. Les appétits du Duc sont joués en pleine vue, sa cour complice de voyeurs. Le désir de Maddalena est tout aussi brut, son urgence physique perçant à travers le lyrisme de la partition. Ce ne sont pas des gestes symboliques ; ce sont des instruments contondants.

Crédit photo : Marc Brenner

L'architecture de la mise en scène permet un dédoublement constant de l'action. Des pièces en étage créent une verticalité qui reflète la stratification morale de l'opéra : des hommes en bas conspirant, des femmes en haut exposées. Dans l'Acte I, une foule de personnages en trench-coats regardent silencieusement vers le haut alors que Gilda se déshabille ; dans l'Acte III, la fureur du Duc avec Maddalena se déroule au-dessus tandis que Rigoletto marchande pour son meurtre en bas. Sexe et mort, empilés l'un sur l'autre.

Et la tension ne s'estompe jamais. Là où l'interprétation à la sauce ganster de Jonathan Miller, récemment vue à l'English National Opera, offrait une certaine distance stylisée, la vision de Mears impose une emprise sur les sens. Il n’y a pas de relâche, pas de détachement ironique. Juste un resserrement constant de la vis.

Crédit photo : Marc Brenner

Dans le rôle du Duc libertin de Mantoue, le ténor péruvien Iván Ayón Rivas saisit la direction de Mears avec fougue. Son jeu fait ressortir les hauts et les bas de la recherche incessante de son personnage pour la prochaine acquisition, que ce soit sous forme féminine ou en œuvres d'art. Il évoque un niveau de droit à la Trump (surtout en ce qui concerne les femmes et d'autres objets de désir) qui contraste fortement avec le Rigoletto du baryton roumain George Petean, le bouffon de cour qui essaie - en vain - de protéger sa fille des charmes de son patron et échoue encore tragiquement en cherchant vengeance. Les liant ensemble est la magnifique Aida Garifullina. La soprano russe explore en profondeur le dilemme de Gilda, envoûtée par le Duc malgré les supplications de son père. Ce trio de performances stellaires donne à la vision superbement claustrophobique de Mears le ballast dramatique dont elle a besoin pour rester concentrée.

C'est Rigoletto tel qu'il était peut-être toujours censé être : une étude sombre, sensuelle et impitoyable du pouvoir et de ses abus. Il ne demande pas votre sympathie. Il exige votre complicité.

Rigoletto continue à la Royal Opera House jusqu'au 23 avril.

Crédit photo : Marc Brenner



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