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BWW retrouve Paul Shearman pour discuter de la présentation de The Last Audition au Festival Fringe d'Édimbourg 2026.
Parlez-nous un peu de The Last Audition.
The Last Audition est une pièce en solo qui raconte l'histoire de Sebastian Drake, un acteur shakespearien vieillissant à qui l'on donne une dernière chance de prouver qu'il a toujours sa place sur scène : une audition pour Le Roi Lear.
Mais très vite, il devient évident qu’il s’agit de bien plus qu’un simple rôle. Sebastian fait face à un moment où tout ce sur quoi il a construit sa vie — sa mémoire, son langage, son indépendance, son identité d’interprète — commence à devenir incertain. S’il ne peut pas conserver le rôle qu’il croit toujours lui appartenir, alors la forme même de sa vie va inévitablement changer.
Alors qu’il se prépare pour l’audition, nous passons entre performance, mémoire et fragments de son passé, et nous commençons à voir un homme qui se bat non seulement pour un rôle, mais pour le droit de se définir une dernière fois selon ses propres conditions.
La pièce est drôle, théâtrale et profondément humaine, mais en son cœur, elle pose une question très simple : lorsque ce qui a défini toute votre vie commence à vous échapper, à quoi vous accrochez-vous ?
Et au final… peut-il encore le faire ? Ou est-ce le moment où il doit lâcher prise ?
Quelle a été l'inspiration derrière l’écriture ?
L’inspiration vient de plusieurs sources très personnelles. J’ai vu mon père et mon grand-père tous deux confrontés à des troubles de la mémoire, et j’ai observé des amis proches se retrouver soudainement dans le rôle de soignant pour un parent, quelque chose qu’ils n’avaient jamais envisagé de cette façon.
En même temps, en tant qu’acteur, il y a une peur très spécifique qui sous-tend tout cela : la dépendance à la mémoire, la capacité à apprendre des répliques, à maîtriser le langage et à rester vif d’esprit. Cette peur s’est superposée dans mon esprit à une question théâtrale plus large.
Je me suis mis à penser, que se serait-il passé si quelqu’un comme Sir Laurence Olivier avait été confronté à la démence ? Qu’est-ce que cela aurait signifié pour une personne dont toute la vie avait été bâtie autour du langage, de la performance et de la mémoire ?
Cette combinaison d’expérience personnelle et de peur professionnelle a été la graine qui a donné naissance à The Last Audition.
Quels sont les défis à présenter quelque chose d’aussi personnel ?
Un des plus grands défis est la proximité émotionnelle avec le sujet. Puisqu’il s’enracine dans des expériences réelles, des personnes que j’aime, et des choses dont j’ai été témoin, on ne peut pas simplement éteindre cela lorsqu’on monte sur scène. Une partie du travail a donc été d’apprendre à garder cette connexion avec honnêteté, mais aussi avec suffisamment de distance pour pouvoir la jouer nuit après nuit.
Le spectacle lui-même couvre un large spectre émotionnel, de l’humour à la vraie vulnérabilité, et cela est exigeant en soi. Il ne dure que 55 minutes, mais il est très dense, et demande beaucoup physiquement, mentalement et émotionnellement à chaque représentation.
J’ai donc dû m’entraîner de manière très ciblée, non seulement vocalement et physiquement, mais aussi en termes d’endurance et de contrôle émotionnel, pour pouvoir porter la pièce pleinement chaque soir sans m’épuiser.
Et pourtant, la chose étrange est que ce défi est aussi une récompense. Le public apporte tellement à chaque représentation. Il se produit un véritable échange. Comme je le dis dans la pièce, être sur scène est vraiment une joie, cela vous fait sentir vivant, et cela reste vrai, même dans les moments les plus exigeants.
À qui aimeriez-vous que le spectacle soit vu ?
Je pense que le spectacle s’adresse à un public large, jeunes et moins jeunes. La plupart des gens auront, d’une manière ou d’une autre, fait l’expérience de la démence dans leur vie, directement ou par quelqu’un de proche, et beaucoup d’autres y seront confrontés un jour.
Au fond, c’est une pièce qui traite d’un sujet assez difficile, mais j’espère qu’elle le fait d’une manière finalement porteuse d’espoir et profondément humaine. Elle parle de mémoire, d’identité et de lien, et je crois qu’elle laisse un sentiment de compréhension autant qu’une émotion.
Cela dit, elle n’est pas conçue pour être confortable pour tout le monde. Elle demande au public une implication assez directe, et peut parfois être difficile. Mais pour ceux qui sont ouverts à une pièce de théâtre intime et percutante, j’espère que c’est le genre de spectacle qui les accompagne longtemps après leur sortie de la salle.
Et bien sûr, tous ceux qui aiment Shakespeare, ou qui aiment simplement voir le langage et la performance exploités à leur plein potentiel, devraient aussi y trouver quelque chose.
Que souhaitez-vous que le public retienne de ce spectacle ?
De l'espoir.
Bien que le spectacle traite de la perte de mémoire, du vieillissement et de la fragilité de l’identité, je ne le vois pas comme une pièce sombre. Pour moi, il s’agit ultimement de ce qui reste quand tout le reste commence à s’effacer, et très souvent ce qui reste, c’est la connexion, l’humour, et l’amour.
J’espère que le public repartira avec cela. Un sentiment que, même dans les moments difficiles ou incertains, il y a toujours de la dignité chez la personne en face de vous et quelque chose de reconnaissablement humain qui persiste.
S’il y a une chose que j’aimerais que les gens emportent en sortant du théâtre, c’est cela : un doux espoir, et peut-être un peu plus de tendresse envers les personnes dans leur propre vie.
The Last Audition se joue à Edfringe du 7 au 29 août
Crédit photo : Eric Moore
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