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Critique : L'ANTI 'YOGI', Soho Theatre

Ce spectacle en solo expose l'hypocrisie des approches occidentales du yoga

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Critique : L'ANTI 'YOGI', Soho Theatre

3 étoilesL'Anti “Yogi” (avec beaucoup de guillemets) est l'un de ces spectacles dont le slogan vous dit tout ce que vous devez savoir : “libération, pas Lululemon”. Ce n'est pas tant une pièce qu'un appel aux armes, rappelant au public de manière emphatique que les cours de yoga auxquels ils assistent ne sont pas juste une autre mode de fitness, mais une forme marchandisée d'une pratique ancienne.

La performeuse Mayuri Bhandari (qui a elle-même une MA en études du yoga) joue une version fictive d'elle-même : une étudiante amérindienne à Los Angeles qui se connecte profondément avec le yoga qu'elle a appris de son père jain, mais se sent aliénée par les filles blanches qu'elle rencontre à l'université, vendant des ‘festivals de yoga’ coûteux. Lorsqu'elle exécute un équilibre sur la tête dans un cours où elle est la seule participante sud-asiatique, Bhandari livre un monologue sur le fait que la pratique spirituelle du yoga ne concerne pas vraiment les poses de toute façon.

Dans ce personnage, Bhandari a tracé un portrait élégant de ce que signifie vivre une véritable vie spirituelle. Une scène précoce la voit devenir physiquement malade étant enfant face à un rayon de viande et de poisson dans un supermarché, accompagnée d'une bande sonore de percussion bien réfléchie et troublante de Neel Agrawal. Sous cet angle, les gestes vagues vers l'épanouissement personnel faits par les gourous de yoga blancs paraissent particulièrement superficiels.

Mais avec ces thèmes établis très tôt, Bhandari ne fait guère pour les développer. Nous apprenons que Mayuri se sent anxieuse à l'idée que sa pratique de yoga puisse être hypocrite, mais nous voyons peu d'actions, positives ou négatives, découlant de cette anxiété.

Mayuri Bhandari dans L'Anti "Yogi". Crédit photo : AJV

Lorsque Mayuri agit - décidant qu'elle devrait canaliser les éléments de justice sociale de sa pratique de yoga pour lutter contre le désenfranchissement des Amérindiens - cela semble trop tard. Cette personne éduquée et engagée politiquement ne devrait-elle pas y avoir pensé plus tôt ? C'est un exploit dramatique difficile de créer un personnage déjà doté de principes politiques bien formés qui doit néanmoins subir un éveil politique dans le but de raconter une histoire.

Cependant, bien que ce soit une pièce qui n'a en réalité qu'une chose à dire, elle est élégante et réfléchie dans la façon dont elle le dit. Bhandari se transforme fréquemment en Kali, la déesse hindoue de la mort que notre protagoniste voit comme une figure maternelle et que ses camarades de classe rejettent comme étant “démoniaque”; Kali est moins réfléchie et plus assurée que Mayuri, et plus confrontante envers ceux qui s'approprient le yoga. Par ailleurs, d'autres figures religieuses ont leur mot à dire sur ce qu'ils appellent les “wogis” (les yogis blancs) : Bouddha est imaginé comme un père indien sarcastique, et Krishna comme un surfeur cynique.

Bhandari est également une danseuse de Bollywood formée et une patineuse artistique, et son mouvement physique est captivant à regarder. La chorégraphie mélange les traditions de danse Bollywood et de danse contemporaine occidentale avec des mouvements inspirés du yoga, d'une manière qui donne l'impression que le mouvement est une extension du personnage lui-même. Mayuri s'exprime avec éloquence au public sur le fait que la danse et le mouvement sont au cœur de sa connexion avec son environnement, et il est très facile de la croire.

Avec tous ces aperçus du talent et de l'imagination de Bhandari en tant qu'interprète, il est dommage que L'Anti “Yogi” n'ait pas pu approfondir un peu plus. Bhandari a clairement beaucoup à dire sur le yoga - en tant que forme de spiritualité, base de la résistance politique, vecteur d'identité culturelle, ainsi que pratique physique - mais ces réflexions doivent être soutenues par une structure narrative plus robuste afin de justifier cela comme une pièce plutôt qu'un monologue prolongé.

L'Anti "Yogi" se joue au Soho Theatre Dean Street jusqu'au 16 mai

Crédits photo : AJV



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