Langues Disponibles
La tentative du DEM Museum de traverser une douzaine de millénaires en une heure ne manque ni d’audace ni de technologie éblouissante. ImmerseLDN à Londres nous a déjà fait revivre
Douze mille ans représentent une période de temps époustouflante. Lorsque le premier pilier fut dressé à Göbekli Tepe (une colline de piliers de calcaire sculptés, érigés vers 9500 av. J.-C. dans l’actuelle Turquie), la Grande-Bretagne était encore reliée au continent et il était possible de marcher de l’Écosse aux Pays-Bas sans mouiller ses bottes.
Pour tout mettre en perspective, compressons toute cette période en une seule journée, de minuit à minuit. L’écriture n’apparaît en Mésopotamie qu’un peu avant deux heures de l’après-midi. La Grande Pyramide de Gizeh est achevée vers quatre heures. Les Normands envahissent l’Angleterre à vingt heures vingt le soir ; Christophe Colomb découvre les Amériques un peu avant dix heures. Et le premier vol motorisé décolle avec vingt-cinq minutes restantes avant minuit. Ce smartphone dont vous ne vous séparez jamais ? Il a été créé avec 40 secondes de cette journée encore disponibles.
L’immersion commence dans le hall, où des acteurs déguisés en figures de chaque époque nous accueillent. Sur le papier, ce genre d’initiative pourrait sembler une attraction de parc à thème un peu kitsch, mais ici, nous poussant vers des périodes rarement abordées dans les livres d’histoire scolaires, c’est une entrée charmante dans l’univers de création du DEM.
L’équipement s’effectue au comptoir d’accueil : choisissez l’une des vingt-cinq langues disponibles ainsi qu’une version enfant, enfilez les écouteurs ultra légers, saisissez dans une main le guide audio de la taille d’un Walkman, et vous voilà partis. La première salle est celle de Göbekli Tepe, même si vous auriez probablement besoin des instincts d’Indiana Jones pour la reconnaître. Nous avançons dans l’atmosphère crépusculaire entre les piliers, chacun incrusté d’un artefact et sculpté de symboles. Pour déclencher l’épisode scénarisé du pilier, il faut s’accroupir et poser le guide sur une zone marquée (un petit acte de génuflexion envers les dieux antiques, peut-être). Il est impossible de tous les atteindre, et peu d’indices indiquent à quelle époque correspond chaque pilier.
Puis, vient la partie la plus substantielle de Timewalk où nous déambulons dans les Salles Une à Quatre, chacune dédiée à une civilisation : Babylone, Égypte, les Mayas, Rapa Nui. Chaque salle bénéficie de sa propre narration solennelle et de projections qui dévalent les murs, le plafond et le sol. Des cubes rembourrés permettent de s’asseoir tandis que les images nous entourent. Babylone comprend une réplique de la Porte d’Ishtar (la vraie est conservée dans un musée berlinois), tandis que d’autres salles présentent leurs propres œuvres physiques.
Et c’est essentiellement la recette : changer la sculpture centrale, laisser tout le reste en place. Salle après salle, le modèle tient et — bien que les projections et la narration s’adaptent à chaque nouvelle époque — l’émerveillement s’émousse quelque peu à chaque répétition.
Avant la sortie inévitable par la boutique de souvenirs, un final ludique propose deux autres divertissements. Dans un bac à sable avec pinceaux, nous pouvons rejoindre les acteurs pour enlever délicatement les grains de sable autour d’objets enfouis (à l’image de la manière dont les cités perdues furent minutieusement découvertes, pinceau après pinceau). C’est un exercice étrangement calme et introspectif, offrant un moment pour réfléchir à l’immense quantité d’histoire encore à déterrer dans le monde ; selon le DEM, seule une petite fraction de Göbekli Tepe a été fouillée jusqu’à présent.
Ensuite, un banc de figures animées grandeur nature, virtuelles, provenant de chaque période, reflète vos mouvements lorsque vous vous tenez devant elles. Vous avez toujours voulu voir un Pharaon marcher comme un Égyptien ou un guerrier Maya féroce danser comme si leur vie après la mort en dépendait ? C’est votre chance.
Comparé à d’autres spectacles similaires vus ici, Timewalk ne déploie pas le même éventail créatif et comprend logiquement moins d’objets physiques originaux pour vous connecter à l’histoire exposée dans les salles ; l’événement Cléopâtre avait à lui seul rassemblé vingt-deux véritables artefacts égyptiens. Timewalk mise plutôt tout sur un guide audio supérieur à la moyenne, quatre salles de projections magiques et quelques façons originales de conclure l’expérience. Pour quiconque est allergique à l’idée de porter un casque VR mais cherche quelque chose de plus vivant et immersif que la traditionnelle promenade du dimanche après-midi devant des vitrines, cette exposition est une réussite.
L’Exposition Timewalk se poursuit à ImmerseLDN.
Crédit photo : DEM Museums