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Critique : BBC PROMS : PREMIÈRE NUIT DES PROMS 2026, Royal Albert Hall

Avec un thème célébrant tout ce qui est américain, les Proms de cette année partent sur les chapeaux de roues.

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Critique : BBC PROMS : PREMIÈRE NUIT DES PROMS 2026, Royal Albert Hall

Et c’est parti. Le 99e BBC Proms démarre sur les chapeaux de roue avec un début satisfaisant.

Si la Dernière Nuit évoque le drapeau britannique agité jusqu’à l’épuisement, la Première Nuit avait aussi un peu de cette atmosphère — quoique pour un autre drapeau. Cette édition des Proms commémore le 250e anniversaire de la déclaration d’indépendance des États-Unis, quittant la Grande-Bretagne pour tracer son propre chemin dans l’histoire. Avant que les accords de « Jerusalem » ne s’éteignent pour une nouvelle année, le Royal Albert Hall a accueilli l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles et l’Orchestre du Metropolitan de New York, sous la direction de Marin Alsop pour une soirée consacrée à Leonard Bernstein et George Gershwin. Yuja Wang interprétera pour la première fois au Proms le Concerto pour piano de Samuel Barber lors de la Dernière Nuit, avec des créations mondiales de Wynton Marsalis et Jessie Montgomery, ainsi qu’une célébration du centenaire des œuvres de Miles Davis.

Cependant, pour cette soirée d’ouverture, le thème était nettement plus léger. L’Orchestre Symphonique de la BBC était dirigé par sa cheffe d’orchestre invitée principale finlandaise, Dalia Stasevska, la vedette fut le pianiste sud-coréen de 22 ans Yunchan Lim, le ténor néo-zélandais Thomas Atkins était en première ligne, et la compositrice franco-britannique Josephine Stephenson assistait à la création mondiale officielle de son œuvre.

Le spectacle démarre par vingt minutes d’américana pleine de vie. Après le bref coup d’éclat que représente la « Fanfare for the Common Man » d’Copland, l’orchestre s’installe dans deux pièces plus longues. « An American in Paris » de Gershwin exprime les impressions du yankee nostalgique de la capitale française ; le Concerto pour piano en sol majeur, d’inspiration jazz, de Maurice Ravel réplique par Paris. Leur rencontre en 1928 aux États-Unis est légendaire : Ravel refusa fameusement d’enseigner à Gershwin, le conseillant de ne pas se contenter d’un Ravel de second ordre alors qu’il était déjà un Gershwin de premier plan.

Après les applaudissements pour Gershwin, le piano à queue de Lim est amené sur scène tandis que le public profite d’une pause bien méritée pour s’hydrater. Beaucoup éventaient encore leur programme des Proms lorsque le prodige prit place et nous montra pourquoi le monde de la musique classique est en admiration devant lui. Il n’avait que 18 ans lorsqu’il remporta le prestigieux concours Van Cliburn, un événement international organisé tous les quatre ans qui — à la différence de la Coupe du Monde de la FIFA qui se termine actuellement aux États-Unis — n’exhale pas de capitalisme ni de corruption.

Lim s’engage dans le concerto tel un pilote de Formule 1 quittant la pole position, abordant le premier virage rapide avec une confiance décontractée. Le long et lent Adagio assai qui suit semble menacer de basculer dans une sorte de mélatonine auditive, jusqu’au final Presto qu’il exécute à pleine vitesse, toute la puissance et la vitesse, traversant une œuvre qui parle moins d’enseignement que de ressenti. Chaque mouvement est étudié ; rien n’est que superficiel.

La seconde partie contient deux œuvres chorales, l’une toute récente, l’autre faisant ses débuts aux Proms après près de quatre-vingts ans. Le thème américain, après avoir fait une escapade à Paris avant l’entracte, revient sous forme de texte uniquement : intitulée d’après une phrase de la belge-américaine May Sarton, l’oeuvre spécialement commandée à Stephenson, Que le lever du soleil ne nous laisse pas indifférents, rassemble un mosaïque de citations de la poétesse du Massachusetts Emily Dickinson. L’œuvre dure huit minutes seulement mais, grâce à un usage incisif des harpes et des bois, marque profondément. Pas un chef-d’œuvre, mais bien plus qu’un simple remplissage.

La partie la plus dense de la seconde moitié est consacrée à For St Cecilia de Gerald Finzi. Elle a été créée dans cette salle le 22 novembre 1947 — jour de Sainte Cécile et, par coïncidence, exactement seize ans avant l’assassinat de JFK — interprétée par l’Orchestre Symphonique de la BBC dirigé par Adrian Boult, avec le ténor René Soames et le Luton Choral Society. Aujourd’hui, Stasevska tient la baguette avec Atkins au ténor, soutenu par les BBC Singers et le BBC Symphony Chorus. C’est une habile combinaison de talents qui offre une fin vibrante au programme.

Dans un pays souffrant encore de la gueule de bois de la Coupe du Monde et nos joueurs bientôt de retour des États-Unis, le rappel a saisi l’occasion idéale pour nous faire sortir sur un air de football typiquement anglais. Mais lequel ? Une version orchestrale de « Vindaloo » ? Un « Nessun Dorma » en apesanteur d’Atkins ? Peut-être un sincère « Three Lions » avec des paroles actualisées à « soixante ans de souffrance », ou même l’humour noir de « Don’t Cry For Me, Argentina » ? Non, on opte pour la solution évidente. La soirée par ailleurs accomplie s’achève sur une interprétation de l’inévitable cliché nuptial et funéraire d’Oasis, « Wonderwall », un choix aussi inévitablement décevant que la disette de trophées de l’Angleterre depuis 1966. Peut-être la prochaine fois.

Les Proms se poursuivent au Royal Albert Hall jusqu’au 12 septembre.

Crédit photo : Royal Albert Hall



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