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La routine est la religion de Maya. Elle vit selon son emploi du temps, intégrant même les imprévus qui pourraient la conduire à avoir besoin de plus de repos le samedi. Elle gère les comptes d'une entreprise d'emballage alimentaire et vit à Londres avec son petit ami. Maya est aussi normale qu'on puisse l'être. Elle est notre amie, notre sœur, notre voisine. Elle est peut-être un peu névrosée, mais ne le sommes-nous pas tous ? La pièce d'Abi Watkinson est un regard accablant sur le culte de la productivité, une critique des normes sociétales et une condamnation précise de la pression continue que subissent les femmes pour sourire et faire bonne figure.
Dans un monologue rapide et concis de 45 minutes, Watkinson distille notre malaise contemporain. L'écrivaine et interprète s'anime lorsque son personnage nous dit combien elle aime les listes de tâches à faire. Puis, son comportement change lorsqu'elle révèle ses véritables sentiments à propos de son partenaire. Bien qu'elle n'en ait pas conscience, les signes subtils de l'abus psychologique transparaissent dans son récit, tout comme les premiers signes d'un burn-out. Watkinson s'approprie la scène avec une assurance inébranlable, passant et repassant parmi les facettes de la complexité émotionnelle avec aisance.
L'histoire est familière et quotidienne, mais étonnamment captivante grâce à la personnalité de Maya. Elle est attachante et involontairement drôle. Elle se déprécie et s'agite, se tord les mains et ne reste jamais en place plus de quelques secondes. Réalisée par Eve Hartley, la production est remarquablement rythmée et calibrée. Les silences équilibrent ces moments où sa logique fait avancer le récit, créant une fluctuation naturelle et sans prétention dans le rythme des paroles.
Watkinson introduit Maya progressivement et avec intention en montrant ses habitudes. Au moment où elle défait les nœuds de l'intrigue, nous sommes investis. La montée vers le point dramatique central est délibérée, jamais lente ni aléatoire. Elle organise le flux de conscience en le cadrant thématiquement au début, mais les différentes brins s’entrelacent naturellement les uns avec les autres pour créer un personnage bien arrondi et réaliste.
La pièce est peut-être plus courte, mais tout ajout l'aurait éventuellement alourdie. Peut-être plus d'attention pourrait être portée à la fin, qui arrive d'une manière indûment rapide et n'est pas aussi tonalement sophistiquée que les parties précédentes, mais 5h45 reste une réalisation impressionnante. C'est aussi un rappel frappant qu'il est trop facile que de terribles choses arrivent aux plus ordinaires d'entre nous.